Eneo : perpétuation des délestages sous le nouveau DG Eric Mansuy

Ericmansuy nouveau DG de Eneo

Si la dette publique à l’égard d’Eneo avoisinerait 160 milliards de Francs CFA, elle ne justifie pourtant pas la résurgence des délestages. Faute d’un modèle économique solide, l’énergéticien dépend des compensations de l’État, qui ne paierait plus ses factures à temps. Actis, son actionnaire principal, s’est désengagé. Et depuis peu EDF s’active pour une reprise en sous-mains entérinée par la désignation, il y a peu, d’un produit qui en est issu, suite à la démission de son ex-Dg Joël Nana Kontchou au profit du Français Eric Mansuy, toutefois le secteur reste sinistré.

A ce propos, la première audience du bras de fer judiciaire entre Eneo et Tradex s’est jouée le 9 décembre devant le tribunal de grande instance de Douala. Redevable d’une ardoise estimée à 52,7 milliards de Francs CFA, l’énergéticien est assigné par Tradex, qui lui fournit le fioul indispensable pour faire marcher ses centrales thermiques. Bien plus, ce procès ne marquerait-il pas l’échec d’une tentative de conciliation menée par le ministère camerounais de la Justice ? Entre mars et octobre, le ministre des Finances, Louis-Paul Motaze, a débloqué plus de 13 milliards de Francs CFA au profit de la filiale d’Actis afin qu’elle honore une partie de sa créance. Mais rien n’y fit à en juger par le départ acté de Joël Nana Kontchou assorti de missions spécifiques assignées à son successeur et tenant de réaliser de meilleurs résultats que son prédécesseur. Des missions aussitôt prises à bras le corps par celui-ci, si l’on s’en tient à ses premières actions ayant abouti au démantèlement d’un réseau de fraude alors entretenu par le personnel d’encadrement qui venait ainsi gonfler les manques-à-gagner pour l’entreprise et renforcer sa dépendance financière vis-à-vis de l’Etat. Ce dernier régulièrement appelé à la rescousse pour réaliser le moindre investissement.

Passage de témoin induit à EDF

Fort de ce qui précède, aussitôt installé, Eric Mansuy a entrepris à un redimensionnement des ressources humaines afin d’essayer de parer au plus pressé pour davantage de régularité dans la fourniture de l’énergie électrique en faisant procéder au recrutement de pas moins de 400 électriciens, en se départant bien évidemment du personnel d’encadrement épinglé dans les fraudes évoquées supra. Un choix qui s’apparente à s’y méprendre à une volonté d’assimiler Eneo à une sorte d’excroissance d’EDF, même si Eric Mansuy fit auparavant quelques mois comme Directeur adjoint en charge du Commerce et de la distribution à Eneo, sortant D’EDF. En fait, son arrivée a tôt fait de sonner comme une préparation au poste de Directeur général qui est désormais le sien, aussi longtemps qu’il émit rapidement des réserves sur les choix managériaux de son prédécesseur qui à son avis plombait les recettes de la structure.

Aussi peut-on comprendre que la démission de Joël Nana Kontchou ait été précédée par une vaste campagne de recouvrement de créances d’Eneo assortie d’abus divers, notamment des contrôles effectués nuitamment en mobilisant les FMO bien au-delà de leurs heures normales de service. Si l’effet dissuasif desdites FMO eut raison des fraudeurs, il n’en demeure pas moins vrai qu’à l’occasion, Eneo a outrepassé ses prérogatives en suscitant de fait des désagréments tenant de troubles de jouissance et autres violations de domiciles, surtout que ces contrôles ne visaient pas exclusivement les segments les plus en vue en la matière entretenus par les cadres mentionnés supra. Comme quoi, on aura sacrifié à dessein les petits consommateurs afin de ne point découvrir rapidement les combines du personnel d’encadrement essentiellement dirigées vers de grosses structures bénéficiant d’exonérations multiformes indues.

Embellie attendue

Fort de ce qui précède, on est en droit de s’attendre à quelque embellie, tout au moins en ce qui concerne la fourniture d’énergie électrique même si par ailleurs des améliorations doivent être également faites en termes de qualité de service. Et c’est bien dans ce virage qu’est attendu Eric Mansuy pour justifier l’éviction de Joël Nana Kontchou qui ne semblait pas entrer dans les combines des prédateurs financiers de la République qui écument les finances publiques en faisant feu de tout bois et singulièrement dans le segment d’infrastructures lourdes à l’instar des financements à mobiliser pour mettre à jour les réseaux Eneo absolument vétustes et désormais déphasés à plus d’un titre. A en juger par les premières actions d’Eric Mansuy, nul doute qu’il mettra un point d’honneur pour honorer ses commettants d’EDF afin de leur baliser le terrain de la reprise des actifs d’Eneo, suite au désengagement du britannique Actis. Et quand bien même le chemin pour y parvenir est encore long, EDF saura certainement prendre son temps sachant disposer en Eric Mansuy, un pion essentiel.

Le Français Eric Mansuy a été choisi, jeudi 28 novembre 2019, pour occuper le poste de Directeur général d’Energy of Cameroon (Eneo), entreprise de distribution et de commercialisation de l’énergie électrique au Cameroun. Il a été désigné au terme d’un conseil d’administration tenu jeudi 28 novembre 2019. Le nouveau directeur général a immédiatement pris fonction, en remplacement de Joël Nana Kontchou, qui occupait ce poste depuis un peu plus de quatre ans, et qui a envoyé une copie de sa lettre de démission aux employés, d’après plusieurs sources concordantes. Le Conseil d’Administration a d’ores et déjà donné ses directives au nouveau Directeur général.

Engagement conséquent

Eric Mansuy aura, entre autres missions principales, de préserver les acquis de l’entreprise, mais aussi réaliser de meilleurs résultats et de faire des meilleurs chiffres que son prédécesseur. Cet ingénieur de 55 ans, – il est né le 29 décembre 1964 –, ancien d’EDF en France, a intégré Eneo en janvier dernier. A son arrivée, l’on avait pressenti qu’il venait en reconnaissance pour occuper son nouveau poste. Il a passé l’essentiel de sa carrière dans le secteur de l’énergie, notamment à EDF qu’il intègre en 1994. Il va y occuper plusieurs postes de responsabilité, notamment chef du département Tower en pôles design entre 1994 et 1996 ; responsable de l’ingénierie des réseaux de transport de la filiale libanaise du groupe entre 1998 et 2003. Année au cours de laquelle il quitte le géant français pour se retrouver chez EHV Network O&M Group-North of France, entreprise qui fait dans le réseau de transport d’énergie électrique. Il y fait trois ans avant de revenir à EDF comme responsable résident au Yémen et consultant. 13 années après, alors qu’il occupe le poste de Directeur de Projet international, il se sépare de nouveau de l’entreprise et atterrit au Cameroun. Un choix qui est loin d’être anodin car relevant plutôt d’un engagement non encore formalisé visant à dynamiser davantage le transport de l’énergie au Cameroun.

Alain Soppo

reporter

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