Cameroun : la ressource humaine ignorée demande à développer le pays

Ressource humaine camerounaise

La Ressource humaine. La fugue des sportifs aux derniers jeux du Commonwealth en Australie fait jaser la toile, chacun y va de son analyse, mais au-delà des émotions, c’est l’image du Cameroun qui malheureusement en a pris un coup, une fois de plus. Le développement du Cameroun ne peut être possible avec le mal être tous azimuts des enfants de la Patrie. Une trop grande partie de son peuple a été mise au bord des voies de l’émergence pour applaudir une minorité qui jugent avoir seule droit à l’héritage. Si le Cameroun veut y parvenir, ses dirigeants devraient arrêter la saignée.

La fugue des sportifs camerounais dans les grandes compétitions internationales ne date pas d’aujourd’hui. Aux J.O. de Londres en 2012 entre autres, ce sont 12 athlètes camerounais qui avaient abandonné le village des jeux. Huit années plus tard aujourd’hui, ce sont 8 autres qui refusent de retourner au pays. Ceci nous amène à réfléchir sur les causes et les conséquences de la perte de sa ressource humaine à travers le monde car lorsque la Grande Royale dans le célèbre roman l’Aventure ambiguë de Sembene Ousmane encourageait les peuples d’Afrique à envoyer leurs enfants à l’école occidentale, c’était sûrement dans l’intention d’aller mieux maîtriser l’autre pour en faire un bon partenaire de développement et non son maître. Le Cameroun ne veut pas cesser d’être une vache à lait de tous ceux qui piochent dans sa très variée ressource humaine. Hier c’était les politiques qui étaient obligés de s’exiler pour avoir un espace de parole leur permettant d’exercer leur passion ou leur métier d’hommes politiques en espérant un régime beaucoup plus souple, mais celui-ci est arrivé avec son vent de démocratie, de multipartisme et des libertés en amplifiant plutôt la saignée des mœurs et celle de la fortune de l’Etat.

Antipatriotisme de la ressource ?

Ce nouveau régime créa la pauvreté et sema l’amertume dans le cœur des citoyens et de la ressource, menaça le vivre-ensemble, amplifia la fuite des cerveaux avec le départ ou le refus de retourner au pays des techniciens boursiers de l’Etat, ses enseignants, ses hommes de loi et de lettres, ses filles et fils de tout bord qui à la quête d’un mieux-être s’obligent encore aujourd’hui pour les mêmes raisons qu’hier, toujours écriées, à aller exercer loin de la terre de leurs ancêtres.  Le Camerounais ayant l’art de l’égo, dans un pays où l’application de l’article 66 de la Constitution qui protège la fortune de l’Etat par la déclaration de sa fortune n’étant pas jusqu’ici activée, la porte de toutes les déviances est restée grandement ouverte à la tête de l’Etat. Gabegie, corruption, détournement de deniers publics, enrichissement illicite, fautes de gestions, etc. Le manque de nationalisme criard de certains dans la gestion des biens de l’Etat, par conséquent le bien de tous, et l’absence de patriotisme des autres qui se revendiquent même parfois plus étrangers que nationaux, enorgueillis pas l’obtention d’un ou de deux nationalités étrangères a tout fait de plonger la République dans une boiteuse gouvernance à nulle autre pareille.

La Présidence de la République, tardivement réactive a dû lancer une opération d’assainissement des finances publiques et créer par la même occasion des organismes de contrôle de la fortune de l’Etat : le Ministère de la Justice, le Contrôle Supérieur de l’Etat (CSE), l’Agence Nationale d’Investigation Financière (ANIF), la Commission Nationale Anti-Corruption (CONAC) qui chaque jour traquent les fonctionnaires indélicats. Seulement le mal était déjà fait. Les métatarses de la cupidité et des agissements antipatriotiques avaient pris racine au plus profond de la matrice régulatrice du vivre ensemble et celle de l’appartenance même à la maison Cameroun.

Un projet de carrièrisation

La fugue de nos sportifs a été largement commentée. Beaucoup en ont fait une occasion de fustiger le régime en place. Ceci n’est pas le cas dans cet article. En toute sincérité comment demander à un sportif de ne pas céder au mieux vivre que l’ailleurs lui offre alors que chez lui le sportif n’a aucun statut juridique. Pourquoi demander cela à un musicien qui entre deux concerts à l’étranger fugue pour être retrouvé vigile en Europe parce que l’artiste, l’artisan, le journaliste, le taximan, l’opposant politique, voire tout citoyen qui n’exerce pas dans la fonction publique n’a non plus de statut juridique.

Comment en vouloir au patriotisme des uns et des autres alors que rien ne se met en place pour retenir le médecin qui déserte son arrondissement pour gagner un peu plus en occident, le technicien qui se lance dans l’aventure pour faire mieux vivre sa famille, le citoyen qui n’a ni couverture maladie universelle, ni réduction à la pharmacie, le parent qui préfèrent voir son enfant exercer ailleurs par souci du retour à l’investissement. Parfois on y va aussi pour simplement fuir la misère visible à chaque nid de poule du goudron, aux coupures d’eau et d’électricité intempestives et répétitives, et de tas d’autres choses qui donnent l’envie de rester ailleurs monter son entreprise. Des exemples nous pouvons en citer à ne plus en finir. Peut-être est-il temps pour le gouvernement de reconnaître ou de donner, selon les professions, un statut légal aux acteurs de plusieurs secteurs de la vie de l’Etat. Cela sera, je crois, une politique beaucoup plus axée sur la justice sociale.

La ressource, l’oubliée de la Nation

A ses héros, la nation devrait toujours être reconnaissante. Même si le citoyen fait du bien à la nation sans au préalable se demander ce que cette dernière a fait pour lui, il aura une once de fierté après que la mère patrie aura vanté ses mérites au peuple. Une patrie reconnaissante suscite des vocations, montre l’exemple pour un désir de demain, de vie. Lorsqu’une nation se met à occulter sa propre histoire, à mettre aux oubliettes les actions de ceux qui l’ont bâtie, à ternir l’image de ceux qui font briller son aura, à nier la reconnaissance de la patrie aux ayants droit, à effacer de la mémoire collective les exploits des uns et des autres, à trainer devant un devoir de mémoire, on finit par aboutir à une crise du vivre ensemble et du mieux-être telle que connaissent aujourd’hui des milliers de Camerounais. S’il faut ici écrire le nom des camerounais qui ont hissé très haut le drapeau national à côté de ceux qui se sont battus pour que nous soyons héritiers de 475,650km2 avec fierté aujourd’hui, mais qui sont allés pour le repos éternel sans aucun regard de la Patrie ou mieux de ceux qui aujourd’hui pillent, et bradent sans honte aucune la mémoire collective et le patrimoine national, les pages de tout ce journal ne suffiraient pas.

Conclusion

Le malaise que fait naître une analyse sur les oubliés de la Nation, la ressource humaine, fait froid au dos, tandis que celui qui naît du mépris des pilleurs des caisses de l’Etat qui sont responsables des départs massifs des concitoyens, des exodes massifs qui ternissent l’image du pays fait plutôt mal. Nous sommes tout simplement victimes d’un Etat vidée de sa substance, de son âme et de ses modèles, où « les martyrs ne témoignent pas », comme l’écrivait le martiniquais Aimé Césaire dans son livre Cahier d’un retour au pays natal. Alors pourquoi espérer autre chose que le parricide ? Avancer, prospérer et garder le cap pour sa souveraineté devient chose presque impossible lorsque l’âme d’une nation, ses combats de libération, l’idéologie de sa résistance ont cessé de guider les héritiers. Pour finir avec la fugue de nos athlètes, il est mieux de ne jamais oublier que lorsqu’on refuse aux gens de réussir dans leur pays alors ils vont réussir ailleurs. C’est une vérité millénaire.

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Simon Ngaka

Journaliste, Écrivain et analyste géopolitique

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